


ÉLOGE DE LA
SIMPLICITÉ
Depuis que le monde existe, l'homme s'est évertué à tout compliquer. Pourtant il était promu à une vie simple : son cadre de vie naturel était des plus agréables, sa nourriture était simple, délicieuse et rien ne faisait obstacle à sa liberté. Dieu l'avait même laissé libre de ses mouvements : il n'avait nullement besoin de vêtements. Mais au milieu de cette merveilleuse simplicité, l'homme a estimé qu'il n'était pas tout à fait heureux et qu'il le serait à condition de posséder plus. Non seulement il ne gagnât rien de plus, mais il perdit tout ce qu'il avait.
Qu'il soit riche ou pauvre, qu'il vive en Afrique ou en Occident, quelle que soit sa classe sociale, le constat est le même : l'homme moderne a complexifié son existence, sa parole, ses pensées et ses actions. Ce qui est nécessaire à la vie, au mouvement et à l'être ne lui suffisent plus : il désire toujours plus.
Prenons un homme pauvre parmi les pauvres, un déshérité qui a subi quelque infortune, qui vit dehors, affronte les rudesses de l'hiver et peine à trouver de la nourriture chaque jour. Donnez-lui un travail stable, une charmante maison avec un minimum de confort, un lit douillet et des commodités telles que le chauffage et l’eau chaude. Au bout de quelque temps, cet homme se sera accoutumé à sa nouvelle vie et se déclarera heureux et très satisfait, du moins le pense-t-il.
Maintenant prenez le même homme et faites-le monter d'un ou de deux crans afin qu'il soit haut placé, ajoutez deux chiffres à son salaire et vous verrez que ce qu'il estimait être du grand luxe hier, (sa maison, son lit douillet), lui paraîtra maintenant grossier et indigne de lui. Sa nourriture lui semblera fade et son entourage dépourvu d'ambition. Il voudra changer de maison pour en acheter une plus grande, plus luxueuse et l'équiper avec du mobilier dernier cri. Il aspirera à posséder une belle voiture, des vêtements de marque et des accessoires coûteux. Il voudra sans doute rejoindre un club ou un cercle privé où évoluent de personnes de son statut .
Notre homme voudra certainement avoir une compagne auprès de lui, mais il ne posera pas un regard sur une femme du peuple, il voudra à son bras, une femme de son rang, qui ''pèse'' dans la balance. Elle lui réclamera des robes de créateur, des bijoux hors de prix et les plus belles fourrures. Il consentira à lui donner tout ce qu'elle exigera, pour prix du plaisir qu'il aura à l'exhiber tel un trophée. Maintenant qu’il fréquente des milieux huppés, des personnes fortunées et des gens hauts placés, son nouveau statut viendra balayer la gêne des premiers débuts et à force de travail (et pas mal de billets), il fera disparaître ce qui était de l'homme ancien et deviendra un homme nouveau, distingué et ''raffiné'' à ses yeux.
Ce nouveau statut ne va pas sans complexités et problèmes de toutes sortes, pour le maintenir dans sa nouvelle position mais aussi pour tenter de rivaliser avec ceux qui l'entourent. Notre homme aurait pu s'éviter bien des tracas en choisissant une autre voie : une vie simple. Ce n'est pas un manque d'ambition, mais un choix qui permet de dormir sur ses deux oreilles, sans avoir à rendre compte aux autres de ce que l'on possède ou non. C'est ainsi que nous faisons des erreurs de calculs et ajoutons des complications à notre vie, en retranchant la paix que procure la simplicité.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, ceux qui ne manquent de rien sont ceux qui s'inquiètent davantage du ''Que mangerons nous, que boirons nous ? '' et les femmes qui n'ont qu'une robe ou deux, ne sont pas celles qui se soucient le plus de leur apparence et du regard des autres. Il suffit d'observer les gens aisés ou les riches ; l'ordinaire ne saurait suffire là où les besoins élémentaires ont été enrobés de luxe et l'appétit est plus mordant, plus exigeant là où la table se veut soignée...
Plus l'homme mange à sa faim et plus il s'inquiète du lendemain, n'est ce pas curieux ? Plus nous possédons de choses, moins nous nous sentons heureux et épanouis. Regardez l'abondance de confort dans laquelle nous baignons : aucun autre siècle ne fait autant face à l'anxiété, au vide existentiel et n'use de drogues et anti dépresseurs comme le nôtre.
Si nous sommes si creux à l'intérieur c'est parce que nous avons perdu la notion de simplicité, au profit d'une vie factice, artificielle, où la quête des choses matérielles nous laisse épuisés, désabusés et désenchantés.
Nous sommes livrés à la déraison, à une vie de course, de vacuité, d'apparat, pour impressionner notre entourage. Par exemple, un mariage demande un peu d'argent et quelque dépenses d'énergies, mais combien de femmes (quelques d'hommes aussi, mais en la matière, les femmes perdent la raison), en profitent pour se livrer à des excès, quitte à faire des folies, à dépenser sans compter, désirant que leur mariage fasse parler par son faste démesuré ?
Il existe bien d'autres domaines où nous nous sommes compliqués la tâche et avons créé de toute pièce, un ersatz de vie, une existence artificielle pour l'unique désir de consommer à outrance, de paraître et de briller. Hélas, vouloir briller à tout prix ce n'est pas vivre réellement, c'est disparaître peu à peu dans la fumée et la brume de nos conquêtes illusoires.
Tournons nous vers une vie simple. Nous y trouverons le sens de l'existence, la paix du coeur, la douceur et la tranquillité dont notre âme a besoin.
Extrait de Le guide de l'éducation financière, de Faty Cardoso
